Posted by: Lotfi Frigi | June 18, 2012

A propos de l’initative de BCE, l’Appel à la Tunisie


A celui qui porte un fardeau, un contrepoids crée l’équilibre et rend la tâche de souffrir un poids plus gérable et moins ardue. En la personne de Beji Caïd Essebsi et de son rassemblement, “l’Appel à la Tunisie”, la scène politique Tunisienne a finalement le contrepoids dont elle avait grand besoin. Le pays et son peuple, porteurs du fardeau, devraient s’en féliciter, au moins pour le moment. Le gouvernement actuel n’aura plus le privilège de se croire régner seul dans un désert politique où il pouvait agir comme il le voulait (“ouchroub walla tayyir garnik”), sans la crainte d’avoir un parti d’opposition fort et organisé avec lequel il aurait à rivaliser. Désormais, Ennahdha aura a compter avec le “new kid on the block” qui maitrise bien le jeu.

Personnellement, et malgré les emballements pour et contre que je lis ici et là, le seul positif que je vois provenant de cette initiative est le facteur du contrepoids, le bénéfice de la rivalité et la garantie d’une alternative; rien de plus, rien de moins. Est-ce que je vois en BCE le sauveur, le saint? Non, pas du tout; il a toujours fait partie du problème, que ce soit sous Bourguiba, Ben Ali, durant la période transitionnelle ou après, et ne peut donc pas faire partie, à long terme, d’une solution honnête et durable. Est-ce qu’il serait une autre alternative temporaire mais viable en quelque sorte si la situation continue à s’empirer? Oui, absolument; il est maitre des rouages du gouvernement et a autour de lui le personnel nécessaire pour gouverner. Il a su maintenir le bateau à flot aprés le soulèvement et durant la transition et il est capable de le refaire à présent. Serait-il à long terme le candidat idéal, le créateur, l’inventeur, le révolutionnaire, le garant de la transition vers une démocratie réelle et la réalisation des aspirations du peuple? Non; surtout pas avec quelques-uns des personnages que j’ai vu présents autour de lui le samedi; des symboles des deux anciens régimes qui m’ont franchement donné le frisson.

Je crois toujours que notre salut viendra d’une opposition valable, forte et organisée et qui comprendrait de nouvelles compétences, des acteurs patriotes aux mains totalement propres pour forcer la vraie démocratie et rectifier le cours sur lequel le pays a été depuis des décennies, en dehors des calculs cyniques partisans, d’affaires et d’intérêts personnels. Tant que les initiatives telles que celle de BCE, en premier lieu, attirent ou courtisanent les mêmes acteurs suspects des deux anciens régimes, les mêmes politico-opportunistes, les mêmes affairistes, les mêmes pourris, les mêmes corrompus, les mêmes caméléons qui ont servi sous le régime de Bourguiba et qui se sont très bien et très vite reconvertis en supporters de Ben Ali et les voilà encore une fois portant leurs plus beaux habits se présentant au service de Sebsi, tant que c’est le cas, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Et en second lieu, tant que ces initiatives ne définissent pas leurs itinéraires, tant qu’ils ne présentent pas à leur inception-même un programme sérieux prononçant clairement les différentes étapes de leur vision, les priorités et la politique qu’ils entendent appliquer si élus, on ne devrait pas s’attendre à quelque chose d’autre que le “business as usual”, dans son sens le plus négatif.

Pour le moment, on doit malheureusement nous suffire à choisir entre la peste et le choléra. C’est toujours un peu mieux qu’un seul choix!

“Un pays sans mémoire est un pays de fous.” George Santayana

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